vendredi 4 novembre 2016

Des mots si juste sur des maux qui font si mal...

Magnifique lettre de Nadia Lévesque, c'est tellement ça...je ne peux que la partager, merci à elle.


Chère maman d' un enfant différent/handicapé/malade,
Comment vas-tu?
Non, pas comment va ton enfant. Parle-moi de toi.
Comment tu vas toi? Tu ne t’attendais pas à ça, hein? On te parle tellement de lui et si peu de toi. Tu en as les larmes aux yeux. Laisse-les glisser sur tes joues. Crois-moi, ça fait du bien. On ne se connait pas beaucoup, mais ta réalité je l’a connais si bien que ça fait en sorte que je te connais toi.
Toi qui te démènes pour lui donner le meilleur de tout, de toi. Toi qui me réponds que ça va, alors qu’en fait, ça ne va pas.
Même si tu changes de sujet et que ton sourire veut me tromper, tes yeux me disent la vérité. Les cernes que tu tentes de masquer sèment le doute, mais c’est surtout que, ce regard, je le connais. Mon miroir me l’a renvoyé si souvent. Ce regard qui cri à l’aide, mais qui est étouffé par la peur. Que ferait-il sans toi? Que se passerait-il si tu semblais faible ou épuisé? Où se retrouverait-il? Tu as tout donné, tu ne peux pas lâcher. Pas maintenant! Ça commence a bien aller!
Une peur qui était bien petite au début mais que les mois, les petits commentaires, ont amplifié. Ces mots qui résonnent encore dans ta tête, ces jugements que tu chasses, mais qui reviennent chaque fois, font en sorte que tu doutes de toi.
Le regard de ce pédiatre qui ne t’a pas cru au début. Cette travailleuse sociale qui cherchait des raisons extérieures alors que c’était le tsunami a l’intérieur de la tête de ton enfant. Tes compétences parentales qu’on a épluchées pour finalement te dire bravo, que tu en faisais beaucoup. Plus que les autres parents. Comme si cette phrase, ces félicitations, allaient effacer tous ces questionnements, toutes ses insinuations envers tes compétences de maman.
Comme si ce sourire allait effacer ces soupirs de cette amie, qui résonnent encore dans tes oreilles parce que, selon ses dires, elle aussi était passée par là avec son enfant. Celle qui a banalisé tes nuits écourtées, les appels de l’éducatrice de ton enfant en raison de ses comportements dérangeants et qui a méprisé ta décision d’accepter la médication. Celle qui te trouve chanceuse de t’absenter aussi souvent du travail alors que ce qui t’attend n’est guère plaisant.
On t’a tellement remis en question, on a tellement soulevé le doute que peut-être ça venait de toi, de tes trops, de tes pas assez, qu’un soir tu as commencé a douté. Pourtant il est diagnostiqué ton enfant. Pourtant ton quotidien tu le connais, tu le vis. Ce doute n’a aucune raison d’être, mais il est là. Il grandit. Au fil des jours, des nuits écourtés, fatigué, tu te mets à douter. De plus en plus. Tu courbes le dos, tu entres les épaules. Tu baisses les yeux et les bras. Tu perds confiance en toi. Ils ont raison de toi avec leurs regards, leurs soupirs, leurs doutes qui résonnent en toi.
Tu te renfermes, tu n’en parles plus. Quand on te questionne tu banalises a ton tour, tu écourtes ton discourt. Tu crierais ta douleur, ces injustices que tu vis en raison de la différence de ton enfant mais tu gardes le sourire et le silence. C’est a ce moment qu’on te félicite d’être forte. Pourtant, tu n’as jamais été aussi fragile. C’est justement pour cette raison que tu as mis ton costume de superwoman. Tu le sais, tu le sens que tu es sur le point de craquer. Tu le sais qu’une autre banalisation, un autre soupir te feraient voler en éclat.
Ton déguisement a fait son temps, car ce soir, un petit rien, un rendez-vous reporté ou un mot dans l’agenda, tu ne sais pas trop, est la goutte de trop. La goutte, celle que tu as voulu éviter te fait finalement chavirer.
Tu veux crier à l’aide, mais ton cri tombe sur une boîte vocale de ton C.L.S.C. où tu dois laisser ton nom, ta date de naissance, ton numéro de téléphone et attendre un retour d’appel. Une machine met en attente ton appel à l’aide. Tu raccroches ton téléphone et ironiquement tu entends que coupures il y aura encore dans le milieu de santé et des services sociaux.
C’est là que tu exploses pour toutes ces fois où tu as répondu que ça allait alors que dans les faits, tu vis dans un monde parallèle où ton sourire et tes yeux racontent deux histoires différentes. Un monde où tu t’es retiré pour ne plus te raconter puisque l’indifférence face à la souffrance des plus vulnérables est devenue la règle. Dicté par l’austérité d’un gouvernement, de ministres qui eux ont 3 mois de vacances payés quand ils en ont trop sur les bras, que devant les journalistes ils se mettent à pleurer. Parce que leur sombre bureau, gros comme une garde-robe, leur a sapé le moral. Parce que les allers et retours dans une voiture avec chauffeur avec un BlackBerry sous la main, ça fait son temps. Un temps qui sera repris à la maison, sans soucis financiers parce que ces mois sont payés.
Tu exploses que l’on te parle d’austérité alors que toi ce n’est pas ton bureau qui est une garde-robe, mais ta vie qui en est un. Tu n'en a plus de bureau. On t'a mis à la porte parce que tu t'absentais trop souvent pour ton enfant différent. On t’a sacré dans le placard pour ne plus t’entendre. Tu conduis ta voiture pour courir les divers rendez-vous de suivi de ton enfant avec tellement de cafés dans le corps et en manque de sommeil que ça frôle les facultés affaiblies. Par contre, ne néglige pas les rendez-vous parce que tu es trop fatigué parce qu’on peut t’envoyer la D.P.J.. Ça fait parti de leur mandat de voir a ce que tu te présentes aux suivis de ton enfant. C'est ce que l'on t'as dit!
Tu marches de peur, tu marches au stress. Tu cours, tu t’appauvris et inévitablement tu t’épuises, mais au moment où tu dois reprendre ce temps, où tu as tout donné, on te demande de laisser tes coordonnées, que l’on va te rappeler, au nom de l’austérité.

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